magánterület 2.0

Személyes publicisztika, Arena Minda fotónaplója és privát írások.

#Budapest [FR] liter@ | Gergely Edit : JazzTrip en France 1. – Transition

Préface : #JazzTRIPinFrance

leadpic: Photo et montage: Gergely Edit

Article publié dans le cadre du projet ArtHeals. Nos autres articles en français sont disponibles ici.

Cette semaine, Gergely Edit — fondatrice et rédactrice en chef du microsite Magánterület 2.0 — tient le #Netnapló (journal en ligne) sur Liter@, le portail littéraire hongrois lauréat du prix Pulitzer (Hongrie).

5 jours – 4 concerts – mini-interviews vidéo sur place + extraits sonores intégrés.
Les parties déjà publiées:

I. Transition

II. Vivance dans des espaces communautaires

III. Les lieux miraculeux illégaux et l’espoir pratique

IV. Concert à domicile – être artiste au-delà des nations

V. FRANCAIS : Saxicola Rubi, l’arc ouvert : une stratégie française du jazz

Ce n’est pas seulement un carnet de voyage.
On y trouve, en filigrane, la Transylvanie. La Hongrie.
Et, peut-être, un peu de vous aussi.

Vos retours sont les bienvenus ici, directement par mail : contact@gergelyedit.com

Bonne voyage !

CONTEXTE

Qui est Gergely Edit ? English CV ici.

En France, Gergely Edit est accueillie par le compositeur de jazz Laurent Rochelle, qu’elle accompagne tout au long de cette série de concerts.

Qui est Laurent Rochelle ?
Entretien ici. Site Laurent Rochelle Music ici.

Qu’est-ce que Liter@ ?
Litera est un portail littéraire indépendant fondé en 2002 — un journal littéraire en ligne et un atelier culturel, récompensé en 2005 par le prix Pulitzer (Hongrie). À travers ses articles, podcasts, interviews, films, appels à projets, événements, publications et prix, il est devenu l’un des forums majeurs de la littérature hongroise contemporaine.
Rédactrice en chef : Gabriella Nagy.

Qu’est-ce que Magánterület ?
Magánterület est le premier blog hongrois de Roumanie (2002), créé grâce à un soutien privé canadien masonique  (MoshuIstván Horváth Sz.). Aujourd’hui, c’est un projet international ouvert sur les personnes, avec une ligne éditoriale centrée sur des hommages contre le féminicide et des entretiens approfondis à dimension personnelle.

Le microsite indépendant, édité par Gergely Edit, est mis à jour environ tous les deux jours. Il rassemble ses textes de presse (Népszabadság, Transindex), ses publications littéraires, ainsi que plus de 100 entretiens.

Dans des duos visuels « Glamdoire » avec des partenaires photographes (Gertrud Gozner, Attila Simon), elle apparaît aussi comme modèle sous le nom : Arena Minda.


Gergely Edit – 23 février 2026. Original hongroise text publiée ici.

Il a aussi parlé de la langue hongroise : du fait qu’elle sonne, à elle seule, comme une musique, même quand on ne comprend pas les mots. « Elle raconte déjà quelque chose, rien que par sa sonorité. » J’y pense beaucoup. En tant que Hongroise de Transylvanie, j’entends rarement quelqu’un, de l’extérieur, voir cela avec une telle netteté — non pas comme un slogan politique, mais comme un son.
Extrait du net-journal de Gergely Edit pour liter@ .

Quand l’invitation arrive, pour des concerts de jazz en France, je suis justement en train de me demander comment tenir — comment tenir correctement — ce qui se passe chez nous, ici, en Transylvanie.

Pas seulement « la Hongrie » ; plutôt ce système d’étouffement, cet enchevêtrement qui m’englobe aussi, moi, Hongroise de Transylvanie : les nouvelles, les réflexes, les phrases qui s’accrochent à la langue comme des hameçons.

Je suis blogueuse — toujours, par à-coups. Je survis en notant.

Et je sais qu’en France aussi des élections arrivent : ce n’est pas une fuite, seulement un déplacement.

Entre-temps, il y a les crues : les rivières sortent de leur lit, autour des Pyrénées l’eau stagne dans les champs. Vu de l’avion qui descend vers Toulouse, on dirait que nous survolons des rizières. Avant de partir, j’ai rêvé que la petite maison de village où nous allons est entièrement encerclée par l’eau, et que nous traversons au-dessus des buissons en nous laissant porter sur le dos des chevreuils qui viennent ici.

Tout cela défile en moi — je ne ris pas seulement parce qu’à côté de moi est assis un jeune professeur de sport de Râmnicu Vâlcea, avec sa femme et leur bébé endormi. Ils ont déménagé à Bruxelles : niveau de vie plus élevé. Il souffre parce que les Belges ne sourient pas. Lui, il sourit beaucoup. Le week-end dernier, ils ont enterré son père. Et malgré tout. Il s’appelle Marian. Et son nom de famille est hongrois : il le porte après sa mère divorcée.

Il m’encourage avec douceur : tout ira bien pour nous aussi, pour ceux qui sont restés au pays. Il dit : reste ouverte, vole.

Rue de Cazeneuve-Montaut. Photo: Journal de Gergely Edit | Liter@

À Bruxelles, la pluie tombe en rafales et fouette les manteaux. C’est la première fois que je viens ici. Je pense à une publicité de laque — cette ville te fixerait, te retiendrait. Ce n’est pas une pensée importante, juste un éclair.

Il y a quelque chose d’étrange dans mon cœur.

Je respire.

L’une des raisons de ce voyage, c’est que je veux comprendre ce que signifie, dans la pratique, l’existence d’« intermittent du spectacle » en France — et quel réseau les concerts dessinent, à la campagne, entre les gens, hors des institutions.

L’autre raison : une conversation. Celle avec Laurent Rochelle, compositeur de jazz né à Avignon. Il a écrit de la musique pour du théâtre improvisé avec Dénes Döbrei, et c’est ainsi qu’il est arrivé, pour la première fois de sa vie, à Gheorgheni / Gyergyószentmiklós, au festival Dance.Mouvement.Theater. J’y étais aussi, parce que j’écrivais un article pour Népszabadság (1956-2016) le plus grand jpournal de Hongrois á ce temps. C’était il y a longtemps, et pourtant pas assez pour que la douleur ne revienne pas : ce journal aussi est mort.

Dans l’interview, en décembre, Laurent m’a raconté que ce n’est qu’en arrivant en Transylvanie qu’il a entendu pour la première fois ceci : ici, il existe un milieu culturel hongrois compact, vivant — au-delà des frontières politiques. Il a dit que, vue depuis la France, la Roumanie, la Transylvanie et la Hongrie sont à peine évoquées. Ils parlent énormément de l’Ukraine, de la Russie, et parfois du nom de Viktor Orbán — mais pas de cette réalité quotidienne, mêlée, multilingue, dans laquelle nous vivons ici. Il faudrait un contexte interculturel, disait-il, davantage d’échanges, davantage de ponts ; sinon, chacun reste un mot lointain dans la tête de l’autre.

Il a aussi parlé de la langue hongroise : du fait qu’elle sonne, à elle seule, comme une musique, même quand on ne comprend pas les mots. « Elle raconte déjà quelque chose. » J’y pense beaucoup. En tant que Hongroise de Transylvanie, j’entends rarement quelqu’un, de l’extérieur, voir cela si clairement — non pas comme un slogan politique, mais comme un son.

Je sais que parfois, c’est déjà un geste politique que de mener une phrase jusqu’au bout, correctement.

Je garde encore, très vivant, ce moment du matin : près de Balavásár, des femmes roumaines m’ont indiqué la route pour que je ne manque pas la bretelle — je partais de Sfântu Gheorghe en voiture, et je suis sortie de Cluj pour rejoindre l’aéroport. Pour la première fois de ma vie : nous, ici, au cœur des Carpates, nous sommes plutôt habitués à l’aéroport de Târgu Mureș, celui qui porte le nom de TGM, ou à celui de Bucarest, ou, plus récemment, à Brașov.

J’ai dormi près de l’aéroport, dans un bâtiment neuf : l’ascenseur est encore en chantier. J’ai pu laisser la voiture dans la cour. Le soir, j’ai posé un masque doré sur mon visage. En avance. J’envoie la photo à mon fils, grand adolescent : qu’il voie que tout va bien.

Photo: Journal de Gergely Edit | Liter@

Quand l’avion descend au-dessus de Toulouse : on dirait qu’on arrive sur des rizières. Des mares apparues d’un coup, pleines à ras bord.

Et quand nous rentrons chez Laurent — plus d’une heure et demie de route — les chemins ondulants, eux aussi, posent problème.

Le village où nous arrivons, dans le sud de la France, compte soixante-douze habitants. Il est à trois cent soixante-dix mètres d’altitude. Les maisons sont faites de pierres rougeâtres. L’ancienne cabine téléphonique est pleine de livres.

Photo: Journal de Gergely Edit | Liter@

Je vois pour la première fois des toilettes « cui-sec » : on saupoudre avec de la sciure, ça devient compost. Quand il n’y a pas d’alternative, on s’y fait.

L’épaisseur des murs approche le mètre. Ce n’est pas une métaphore : c’est réellement cela. Dans les champs labourés autour, on voit aussi les pierres, comme si elles avaient été semées. Les habitants les utilisent pour tout — dit Laurent. La pierre retient : la chaleur, le temps, le silence. La maison est au bord du village — mais ici, ce n’est pas une frontière, plutôt un état. Il n’y a pas de clôture. Les maisons s’arrêtent, simplement.

Cazeneuve-Montaut. Sept ou huit bâtiments, peut-être. Je ne compte pas exactement, mais il est presque incroyable que la mairie ait, elle aussi, un bâtiment imposant. Avant l’actuel maire, c’était sa femme qui était maire. Et à la sortie des communes, tous les panneaux sont retournés tête en bas. Une coutume française ? — je demande. En partie, oui, mais pas depuis si longtemps : cela fait un an que des citoyens en colère contre le politique ont protesté ainsi (explique Laurent), en retournant les panneaux à chaque sortie.

Si le pays est à l’envers, que cela se voie.

Le Mairi. Photo: Journal de Gergely Edit | Liter@

Du jardin, tu poses le pied directement sur le flanc de la colline. La terre est humide, l’air dense, l’herbe vive est pleine de renoncules. Où que tu regardes, un pétale, une fleur, une tache de vert d’un printemps précoce. L’eau vient des Pyrénées : elle n’interroge pas. Laurent raconte que, les jours précédents, le vent a arraché la moitié d’un toit, qu’il y a eu une panne d’électricité, que les produits frais ont disparu des magasins. Ici, la nature n’est pas un décor : c’est un partenaire — parfois rude.

À l’intérieur, la maison est dans une pénombre douce. La pierre absorbe le son. Les portes ont des loquets : rien ne claque. L’espace ne se donne pas, il faut apprendre à y bouger. En haut, sous les combles, on me donne une chambre à part. Les poutres sont basses, l’espace se plie vers l’intérieur.

Je pose mon sac. Je sors. Je reviens.

Ce mouvement est le premier geste : je suis arrivée, mais je ne suis pas encore.

Laurent prépare du thé. Nous parlons peu. Il n’y a pas besoin. Le silence n’est pas une tension, mais une langue commune. Il se met à pleuvoir — finement, obstinément. Je sais que toute la semaine sera ainsi.

Quand je me couche, le vent traverse les murs épais sous forme d’un son sourd. Cela ne dérange pas. Au contraire : cela rappelle qu’ici, maintenant, il n’est pas nécessaire d’aller vite.

Il ne s’est rien passé d’extraordinaire — et c’est exactement cela, l’essentiel.

Au dîner, il y a une soupe de légumes mixée. À la boulangerie, nous prenons une tarte aux pommes caramélisée. La boutique de Béa — malgré la tempête — propose quatre ou cinq sortes de gâteaux. Il y a même une crème coco-citron.

Il pleuvra toute la semaine. Mais cela ne change rien. Je suis venue pour la campagne, pour une vie à échelle minuscule, une vie de ferme.

Et je suis venue pour la bonne musique.

Et pour un peu d’air autour des phrases hongroises.

#musicHeals

Gergely Edit


Magánterület 2.0 – geXperience – PrivartProperty 2.0
Microsite indépendant et forum ArtHeals.

The arenaminda–GERGELYEDIT project: EXPLORE

Arena Minda / Photo: Δούλος Ιωάννης  •  Gergely Edit / Fotó: Winter Zeev

PrivartProperty Transylvania

Créer, dire, guérir : une cartographie indépendante du réel.

  • Genre : serious matters & élit-people. Glamdoire.
  • Objectif stratégique : hommage contre le féminicide.
  • Mode de fonctionnement : budget propre, édition indépendante, droit de veto exclusif.

 

Photographies:  Attila Simon • Δούλος Ιωάννης • Gertrud Gozner

Facebook Comments Box

Next Post

Previous Post

© 2026 magánterület 2.0

Theme by Anders Norén