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#artHeals FR-EN-RO-HU [parteners] Laurent Rochelle | Un compositeur français qui unit paysages, cultures et émotions

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Compositeur, Saxophoniste, Improvisateur

Entretien de: GERGELY EDIT & ARENA MINDA
Photo credit: STEPHANE MIGOT, LIONEL PRESQUE

Entretien publié dans le cadre du projet ArtHealsNos autres articles en français sont disponibles ici.

Artiste français dont l’univers navigue entre jazz contemporain, musique improvisée et recherche scénique, Laurent Rochelle développe depuis plus de vingt ans une œuvre profondément sensible et transfrontalière.



Son lien avec la scène hongroise et transylvaine remonte à 2010, à Gyergyószentmiklós, où une collaboration artistique a ouvert un dialogue culturel durable entre France, Hongrie et Roumanie.

Laurent Rochelle:

„Ma véritable langue est la musique — la plus internationale qui soit. Une langue du cœur.”

Dans cet entretien, il évoque la création musicale comme processus alchimique, le rôle de l’interculturalité, la place des artistes à l’ère de l’IA, ainsi que sa vision profondément humaine de l’art.

 la scène hongroise :

une rencontre artistique inattendue

GE : Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en 2010 à Gheorgheni (Gyergyószentmiklós), lors d’un festival au Figura Studio Théâtre, à un moment où je travaillais comme responsable média B2B dans le domaine de la danse–mouvement–théâtre, et où vous collaboriez avec le chorégraphe Dénes Döbrei.

Comment a commencé votre relation artistique avec la scène contemporaine hongroise ? Qu’est-ce qui vous a attiré, à l’origine, dans cet univers ?

LAURENT ROCHELLE :
– La première rencontre avec la scène hongroise s’est faite par la musique du saxophoniste Akosh S., que j’écoutais beaucoup à l’époque et que j’ai croisé en France dans différents festivals.

Dénes Döbrei, Laurent Rochelle et  Photo: Diane Castellu / Source:

Puis, dans les années 2005, j’ai rencontré, grâce à une amie danseuse, le danseur-performeur Dénes Döbrei et sa femme Heni Varga. Le courant est passé immédiatement, comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Nous avons créé un premier spectacle ensemble (La chute de Belzébub), joué en France, en Hongrie, en Serbie et en Slovénie.

Puis un second projet est né avec le batteur Loïc Schild (Accent aigu), qui nous a conduits jusqu’à Gyergyószentmiklós, dans une région de Roumanie que je ne connaissais pas du tout.

Je ne savais pas à l’époque qu’il existait une culture hongroise vivante en Roumanie.

J’ai découvert un espace où plusieurs cultures cohabitent et se mélangent au-delà des frontières politiques.

En France, même avec une grande diversité, nous n’avons pas cela de la même manière.

Découvrir la Transylvanie :

un environnement artistique riche et surprenant

Béres László. Ilovszky Béla / Teather.hu

ARENA MINDA: À cette époque, le théâtre était dirigé par László Béres, une figure importante de la scène indépendante. Quelles impressions vous ont marqué dans cet environnement artistique?

LAURENT ROCHELLE: J’ai beaucoup aimé être là-bas. Je suis de nature curieuse, ouverte aux autres. Voyager, rencontrer des gens, comprendre comment ils pensent et fonctionnent est une immense richesse pour moi.

Nous avons été très bien accueillis, et j’ai très vite eu envie de revenir pour mieux connaître ce pays.

Je suis resté peu de temps, donc je n’ai pas pu mesurer pleinement la richesse de la scène artistique locale, mais je garde le souvenir d’une très belle soirée au théâtre de Gyergyószentmiklós: intense, surprenante, belle.

Serpentine Streams :

un voyage devenu musique

ARENA MINDA: Serpentine Streams est né d’un voyage partagé vers le Lac Rouge (Gyilkos-tó), avec Loïc Schild et Z., — le petit fils de mon soeur, Gergely Edit  — une journée de routes sinueuses et de moments inattendus.

2010, Transylvania : Kürtőskalács, Loïc Schild, Winter Zeev, (le fils d’Edit), Laurent Rochelle – Gyilkos-tó / Photo : Arena Minda

Comment tu souvenez du processus créatif de cette pièce ? Qu’est-ce qui la rend significative pour vous ?

LAURENT ROCHELLE: Serpentine Streams est effectivement né de ce voyage en Transylvanie, et sans doute que la traversée des montagnes a nourri mon inspiration — mais pas seulement.

Lorsque je compose, je puise dans des émotions qui m’ont traversé, que je ne sais pas toujours nommer.

Je les transforme en musique, un peu comme un alchimiste.

Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe, et j’aime ce mystère : ne pas savoir, ne pas maîtriser le processus.

Les amours invisibles. Laurent Rochelle fotómontázs, feat. Gergely Edit hangja. 

Chaque nouvelle composition me donne l’impression de recommencer à zéro, comme un enfant vierge de tout. Je me laisse porter par des ressentis ou des émotions impossibles à exprimer avec des mots…

La musique, elle, peut leur donner vie tout simplement.

[kritika][HU-FR] Csábító, megható és időtálló zene • Un pacte invisible

 

Création transfrontalière :

une langue du cœur

GE: La pièce a ensuite obtenu d’excellentes critiques internationales, avec un texte anglais adapté par Júlia Sebestyén Rita et une version française traduite par votre mère. Que représente pour vous cet environnement artistique multilingue et interculturel?

LEURENT ROCHELLE: Pour moi, le mélange interculturel est quelque chose de très naturel.

La langue hongroise, par exemple, est magnifique: elle sonne comme une musique à elle seule, même lorsqu’on n’en comprend pas les mots.

Elle raconte déjà quelque chose.

Le fait que ma mère ait été professeure d’anglais m’a sans doute ouvert très tôt aux langues étrangères. J’aime beaucoup l’allemand également, ce qui explique mes nombreuses collaborations avec des artistes germanophones.

J’aimerais parler de nombreuses langues, mais au fond,

ma véritable langue est la musique — la plus internationale qui soit.

Une langue du cœur.

Laurent Rochelle Portrait

Laurent Rochelle est compositeur, saxophoniste et improvisateur français.
Son travail navigue librement entre jazz contemporain, musique improvisée et création scénique, avec une attention particulière portée à l’émotion, à l’intériorité et à la rencontre humaine. Artiste largement autodidacte, il développe depuis plus de vingt ans une œuvre singulière, reconnaissable par son équilibre entre rigueur de l’écriture et fantaisie expérimentale, nourrie par le surréalisme et une approche poétique du son. Il se produit dans diverses formations (duos, ensembles, projets transfrontaliers) et dirige depuis 2003 le label indépendant Linoleum Records.
L’ensemble de ses projets est réuni au sein du collectif Les Arpenteurs.

Plus d’informations et discographie complète :
www.laurent-rochelle.com

La rencontre humaine avant tout :

choisir ses partenaires de création

AM: La collaboration semble essentielle dans votre travail d’improvisateur: trio avec harpe, duos de saxophones, projets variés… Comment choisissez-vous vos partenaires artistiques ?

LAURENT ROCHELLE: Pour moi, la musique est d’abord une rencontre humaine. Je ne peux pas faire de musique avec des personnes avec qui je ne m’entends pas humainement — et cela ne m’intéresse pas.

Laurent Rochelle. Photo credit: Lionel Pesque

La musique, la composition m’ont offert la possibilité de rencontrer des gens (musiciens, artistes, publics…) alors que, de nature timide et introvertie, le contact a toujours été difficile pour moi.

La musique m’a donné une place dans la société : celle d’artiste musicien.

Quand je crée un projet, je choisis les personnes dont j’apprécie la qualité musicale, bien sûr, mais surtout la qualité humaine.

Au fil des années, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas travailler avec des artistes porteurs d’une énergie trop « masculine », plutôt Yang au sens du Tao, une philosophie qui m’est chère.

Moi-même je me sens porteur d’une énergie davantage Yin, et je m’entoure naturellement de personnes sensibles, profondes, retenues.

C’est dans cet espace-là que la musique peut naître.

Une année de création foisonnante:

quatre albums et de nouvelles explorations

AM: Votre nouvel album, paru en septembre, est désormais disponible en ligne. Pouvez-vous nous en parler ?

LEURENT ROCHELLE: L’année 2025 a été extrêmement prolifique pour moi: j’ai sorti quatre albums. Deux ont été écrits pour l’audiovisuel (Breath et Rendez-vous au bal), et deux autres pour la scène: un en duo avec mon projet franco-allemand Saxicola Rubi, et un en quartet avec Prima Kanta.

J’ai également enregistré un nouvel album avec un orchestre de chambre classique à Skopje, en République de Macédoine. C’est un travail purement de composition — je n’y joue pas, j’y suis uniquement compositeur.

En septembre 2025, j’ai fait paraître le nouvel album du quartet Prima Kanta, In a Purple Time, avec: Rébecca Féronharpe électro-acoustique, voix, Frédéric Schadoroffpiano, synthé, Arnaud Bonnetviolon, voix.

J’en suis très fier, ainsi que du travail accompli par les musiciens. C’est une musique à la fois écrite et improvisée, très imagée, qui fait voyager l’auditeur.

Elle est disponible en CD et sur toutes les plateformes.

Pour faire mieux connaître cette belle musique servie par de magnifiques musiciens, il faudrait maintenant pouvoir jouer davantage hors de France.

L’esthétique du temps long:

filmer la musique comme une présence humaine

AM+GE: Beaucoup de vos vidéos utilisent des plans longs, contemplatifs, très humains — à contre-courant des tendances audiovisuelles actuelles, rapides et fragmentées. Est-ce un choix artistique délibéré ou quelque chose qui naît naturellement de votre musique?

LAURENT ROCHELLE: J’aime en effet les formes contemplatives, même si ma musique peut aussi être très dynamique. Elle demeure souvent dans un flux continu, toujours en mouvement.

Elle s’inspire des musiques répétitives américaines, mais aussi de la philosophie du Tao, dont le symbole majeur est la rivière: l’eau qui avance sans cesse, le mouvement perpétuel.

Ce n’est pas un choix délibéré contre un monde qui va trop vite.

C’est simplement ce que j’ai envie d’offrir: une forme de lenteur, de contemplation, de douceur. En général, je ne suis pas les tendances frénétiques.

Je suis mon instinct, mon intuition naturelle.

Créer à l’ère de l’IA :

résistance, adaptation et responsabilité artistique

AM+GE: Les tendances de la communication culturelle pour 2026 suggèrent que, dans un monde façonné par l’IA, les expressions artistiques intimes, humaines et en direct gagneront en importance. Comment voyez-vous cela?

LAURENT ROCHELLE: J’espère que face à la montée très puissante de l’intelligence artificielle, les artistes continueront d’exister. Nous devrons sans doute nous adapter, un temps du moins, mais j’espère que nous ne disparaîtrons pas. Pour le moment, nous pouvons encore être présents sur scène — tant que l’artiste n’est pas remplacé par un hologramme ou un robot.

En tant que compositeur, il est possible que les outils d’IA nous remplacent aussi.

C’est déjà le cas sur certaines plateformes comme Spotify, où des musiques générées par IA sont largement intégrées — uniquement pour des raisons économiques — créant ainsi de faux artistes. Au cinéma, cela commence également. Dans toute la société, ce phénomène se propage.

Ici en France, nous traversons une crise culturelle: on nous dit qu’il n’y a plus d’argent pour la culture, alors même que les inégalités se creusent.

Il devient de plus en plus difficile de trouver des dates de concert correctement rémunérées. Seules les musiques très mainstream, celles qui sont immédiatement rentables, tirent leur épingle du jeu. Les musiques plus marginales souffrent énormément.

Pour ma part, je continuerai à résister. Heureusement, en France, il existe encore de nombreux réseaux alternatifs, notamment en milieu rural. Mais l’argent manque cruellement.

Liberté et fragilité de l’artiste indépendant:

LINOLEUM RECORDS et l’économie culturelle

AM+GE: Vous dirigez également votre propre label. Que faut-il aujourd’hui pour gérer un projet musical indépendant?

LAURENT ROCHELLE: Aujourd’hui, en France du moins, beaucoup d’artistes sont devenus très indépendants : ils produisent eux-mêmes leurs contenus artistiques et savent aller chercher des ressources financières. C’est aussi mon cas avec mon label Linoleum Records, que j’ai fondé en 2003.

Cela me donne une grande liberté d’action, une forme d’indépendance, mais demande également un travail important qui n’est pas consacré à la composition.

Il faut constamment jongler entre les deux.

Depuis deux ans, mon travail est soutenu par la Fondation de France et la Fondation Stin’Akri.

Gilles Bénéjam, président-fondateur, Isabelle Miard et Catherine Lestre de Rey. Source

Leur aide est précieuse, notamment pour certains projets d’enregistrement. Je leur en suis très reconnaissant.

Detailles ici

Dans un monde qui change extrêmement vite, il faut développer une grande capacité d’adaptation et d’anticipation. Rien n’est jamais acquis: il faut être vigilant en permanence.

Heureusement, en France, nous avons encore le statut d’intermittent du spectacle, qui protège les artistes — mais ce statut est menacé par la montée de l’extrême droite, et même par certaines politiques actuelles.

C’est un combat quotidien pour exister dans une société où seule la valeur économique semble compter.

Roumanie, Transylvanie:

une douceur folle et méconnue

AM+GE: Vous avez passé du temps à Bucharest et dans plusieurs villes de Transylvanie. Comment la Roumanie et la Transylvanie vous apparaissent-elles aujourd’hui, depuis la France? Qu’est-ce qui résonne en vous dans ces lieux?

LAURENT ROCHELLE: Malheureusement, je connais encore très peu la Roumanie, la Transylvanie et la Hongrie.

Il faudrait établir davantage d’échanges interculturels, car depuis la France, on entend très peu parler de ces régions.

Dessin by Perle in octombre 2025

Elles paraissent lointaines. On parle énormément de l’Ukraine, de la Russie, et parfois de Viktor Orbán

J’ai toutefois de très beaux souvenirs de voyages et de rencontres dans ces régions. J’ai séjourné plusieurs fois à Szeged, et j’ai aussi beaucoup aimé mes passages en Serbie. Il y règne une sorte de « douce folie » que nous n’avons pas ici.

Ces expériences m’ont marqué, et j’aimerais continuer à mieux connaître ces pays.

#Art Heals:

transformer la fragilité en force

AM+GE: De nombreux auditeurs décrivent votre musique comme une forme de soin — Art Heals. Que représente pour vous cette dimension?

LAURENT ROCHELLE: Ma musique est une musique de l’intime, de l’émotion, de l’intériorité, du sensible. Il y a quelques années, j’ai découvert que j’avais un profil d’hypersensible — et j’utilise cette hypersensibilité pour créer. D’une certaine manière, cette « faiblesse », cette « fragilité », je la transforme en force pour exister comme être humain et comme artiste.

Ma musique, je la donne au monde entier (merci Internet !), et cela me touche profondément lorsqu’elle résonne chez quelqu’un, lui fait du bien, peut-être même le soigne.

Car la musique m’a vraiment sauvée, vraiment… C’est une alliée quotidienne pour moi.

Je trouve qu’en tant qu’être humain, nous avons tous une responsabilité dans nos actions, dans nos mots, dans ce que nous faisons de notre vie et dans ce que nous offrons au monde.

Si nous voulons changer ce monde — si dur soit-il parfois — il faut commencer à notre échelle, et toujours donner le meilleur de soi.

Comme le dit le Tao:

« Dans toute circonstance, fais toujours au mieux ton travail, puis retire-toi, laisse faire. »

Pour écouter Laurent Rochelle en live

Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir son univers en concert, des concerts à venir :
31.01 : Scène de Bayssan – BÉZIERS (1ére partie d’Erik Truffaz)

01.02 : LES TABAYOTS À ANGONIA 

14.02 : VIVANCE au Relais de Poche (09) – Verniolle

15.02 : Mélodie por les coeurs brissés – Single PREMIÉRE á Cazeneuve-Montaut
20.02 : TMS – Scène Nationale Archipel de Thau – BALARUC-LES-BAINS
15.03 : La Grange de l’affenage – SAINT-PÉ-D’ARDET
18.07 : Jazz à Millau – MILLAU
22.07 : Jazz à Junas – JUNAS
30.07 : L’Astrada – MARCIAC (Jazz in Marciac)
Tous les détails et informations pratiques sont disponibles directement auprès de Laurent : ici.

Gergely Edit /  interprète: Arena Minda, 10-12. décembre 2025.

Toutes les CD-s sont accsesibles en click:

Une version anglaise here.

În curs de editare: RO, HU (17–25 decembrie 2025 – 11.01.2026) Szerkesztés alatt: HU (2025.12.29 – 11.01.2026)

Magánterület 2.0 – geXperience – PrivartProperty 2.0
Microsite indépendant et forum ArtHeals.

The arenaminda–GERGELYEDIT project: EXPLORE

Arena Minda / Photo: Δούλος Ιωάννης  •  Gergely Edit / Fotó: Winter Zeev

PrivartProperty Transylvania

Créer, dire, guérir : une cartographie indépendante du réel.

  • Genre : serious matters & élit-people. Glamdoire.
  • Objectif stratégique : hommage contre le féminicide.
  • Mode de fonctionnement : budget propre, édition indépendante, droit de veto exclusif.

 

Photographies:  Attila Simon • Δούλος Ιωάννης • Gertrud Gozner

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